Bleu citron

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

21 octobre 2006

Gouttes d'eau sur pierres brûlantes

Les températures extrêmes rendent fous. Regardez les Finlandais et leurs sports insolites : je ne m'attarderai pas sur le porter d'épouse ou le lancer de portable (à quand l'inverse ?), et ne retiendrai que le championnat du monde d'endurance au sauna où des mastodontes suradipeux parviennent à tenir plus de 13 minutes dans une étuve à 110°C ! J'avoue que je ne sais pas comment c'est physiquement possible : j'étais moi-même dans un sauna il y a trois jours, à 73°C seulement et environ 30% d'humidité - il faut savoir que dans un sauna la chaleur vient de pierres brûlantes sur lesquelles on jette de temps en temps une louchée d'eau pour ajuster l'humidité. Eh bien je peux vous dire que c'était déjà assez insupportable, et entre deux bouffées d'air brûlant je me demandais s'il fallait mieux que ce soit très humide ou très peu. Je remercie linternaute.com, dont je recommande au passage les très bons articles de vulgarisation scientifique, qui m'a ouvert les yeux ce matin et dont je reproduis ici le schéma :

Confort physiologique en fonction de la température et de l'humidité

En fait plus l'air est saturé en eau moins on peut suer, moins le corps peut se refroidir, et plus on a chaud. Conclusion, jeter de l'eau sur ces pierres brûlantes est soit un acte masochiste, soit un moyen de ne pas suer toute l'eau de son corps, le but du sauna étant d'abord de se dilater les vaisseaux avant d'aller se les remettre en place par une douche froide ou un bain dans l'étang d'à côté. Brrr...

13 octobre 2006

Légendes khmères (2/2)

Pomme minute

Vers la fin du mariage khmer, les deux mariés sont assis côte à côte, devant un coussin sur lequel est posée une épée. Le fourreau est du côté de la femme, le manche du côté de l'homme. En effet une autre légende raconte qu'un jeune homme, son apprentissage accompli, s'apprêtait à rentrer chez lui. La route promettait d'être longue. Avant qu'il ne parte son maître lui donne une boîte de bois dur en forme de grosse boule, et lui ordonne de ne l'ouvrir qu'une fois arrivé chez lui, et surtout pas avant, quoi qu'il arrive. Le voilà donc sur la route, marchant depuis des heures sous une chaleur accablante, avec cette mystérieuse boule de bois qui est de plus en plus lourde à porter. Exténué, il décide de faire une halte et s'assied sous un arbre au bord du chemin. Considérant la boule, il n'y tient plus et l'ouvre. Une magnifique jeune fille apparaît alors et il l'épouse sur le champ. Ils reprennent la route ensemble, elle portant l'épée de son mari. Soudain un brigand surgit, et le jeune marié crie à sa femme, qui se trouve entre les deux hommes, de lui tendre l'épée. Mais ce brigand est très beau, et la femme hésite, puis tend effectivement l'épée... le fourreau du côté du mari, et le manche du côté du brigand. Celui se jette en avant, saisit l'arme et tue le mari. Et comme en plus d'être très beau il est très intelligent, il réalise qu'une femme prête à un tel revirement est dangereuse, et la tue également.

Moralité : la fidélité ou la mort, et soyez patients même quand les boules sont lourdes.

8 octobre 2006

Légendes khmères (1/2)

Aigle

J'étais l'autre jour à un mariage cambodgien. À un moment, le marié offre un cadeau à trois parents. Une légende raconte en effet que quatre jeunes hommes, quittant leur maître, rentraient chez eux. Chacun avait un don : le premier était un devin, le second un tireur d'élite, le troisième un nageur hors pair, et le quatrième avait le pouvoir de ressusciter les morts. Le soir tombe et ils décident de dormir sur la plage. Avant qu'ils ne s'endorment, le devin regarde vers la mer et annonce aux trois autres que le lendemain à l'aube, un aigle arrivera, portant une jeune fille. La nuit passe, et lorsqu'ils se réveillent ils aperçoivent en effet un grand aigle, volant vers eux depuis la mer et tenant entre ses griffes une belle jeune fille. Le tireur saisit son arc, ajuste une flèche et abat l'aigle, qui tombe dans la mer, entraînant la jeune fille. Le nageur plonge, la rejoint et s'empresse de la ramener sur le rivage, mais elle est déjà morte noyée. Le dernier homme la ressuscite, et les quatre se mettent à se disputer pour savoir qui l'épousera. Ils retournent voir leur maître, qui après une longue réflexion décide qu'elle ira au nageur car c'est lui qui, en la ramenant sur le rivage, a eu le contact physique le plus rapproché avec elle. C'est donc le nageur qui épouse la jeune fille, et offre à chaque prétendant malheureux un cadeau pour le consoler. C'est ce geste que répète le marié, victorieux des autres prétendants.

Moralité : dépêchez-vous !

1 octobre 2006

Paris, ça punit

Aisne

Une bande de joyeux Picards, publicitaires en l'occurrence, m'a ce matin dans le métro jeté un sourire sur les lèvres. Leur technique est simple : une affiche 4 par 3, la photo d'une verte prairie, et ce slogan qui scotche : « l'Aisne, it's Open! »

Alors déjà, et je le dis sans aucune distance parigote autre que géographique, le nom de ce département m'a toujours fait sourire : autant j'ai été surpris que les Côtes du Nord se rebaptisent Côtes d'Armor en 1990, autant je suis amusé par la volonté de l'inénarrable Georges Frêche de renommer le Languedoc-Roussillon en Septimanie, autant si l'Aisne voulait changer de nom je comprendrais. Ok c'est pas pire que la Faisse ou l'Aicelle, mais la différence c'est qu'aucun département ne porte un tel nom.

Du coup forcément pour les pubards axonais c'est pas facile. « L'Aisne, ça vous démange » a déjà été utilisé pour le secteur pharmaceutique. Quel dur métier, on comprend que beaucoup sombrent dans l'héroïne. Du coup, après Baudelaire, Malraux ou Gainsbourg, de nouveaux miracles apparaissent. En effet que d'humour et de poésie dans ce maniement surrané de la langue de J.K. Rowling. J'imagine avec gourmandise le brainstorming de fin de soirée dans une agence de la banlieue laonnoise, quand après douze cafés et trois rails, une zone a été réactivée dans la cervelle du plus jeune d'entre eux, faisant remonter à la surface, telle la bulle lourde et soufrée qui vient mollement éclater à la surface des geysers de l'Altiplano bolivien, le souvenir éteint des cours d'Anglais du lycée. Et soudain, tranchant les borborygmes alcaloïdés de ses congénères, cette exclamation lancée d'une voix rauque : « l'Aisne, its opaine ! ». Gros silence... Pas le petit silence d'incompréhension qui suit une citation d'Heidegger, non, un vrai silence genre boules quiès en plein milieu de l'Arctique, au moment où les manchots sont devant la télé. Comme si chaque langue dans la pièce avait soudain été carbonisée par l'étincelle du génie. Ou comme si personne n'avait voulu par une question déplacée risquer de révéler son oubli total de l'idiome albionide. Le Directeur de création, sentant son leadership menacé par ce jeune requin anglophone, mais ne pouvant risquer de désavouer cette ouverture au monde, trouva alors cette réplique parfaite : « Bravo Kevin, et on ajoutera : Ce week-end, direction the camp'Aisne ». Ben ouais, ça continue dans le trip Anglishe, et en plus ça rime. Presque. Et voilà comment on se retrouve avec le chef d'oeuvre placardé à des centaines d'exemplaires dans les tunnels gris du métropolitain. Bref je sais pas si les Picards ont autant de soleil que sur les affiches, mais en tout cas ils ont de l'humour.

Alors maintenant je vous propose de décliner la brillante idée de cette campagne : « Saint-Marcoule, it's cool! », « Béthunes, it's fun! », « Nice, it's nice! », « Saint-Nazaire, it's super! », ...