Bleu citron

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27 mai 2006

Swades (2004) - Ashutosh Gowariker

Swades

Swades est un Bollywood à part. Pas par sa durée (210 minutes) ni par son casting (Sharukh est bien là), mais par sa portée. J'en vois déjà qui sourient : « Facile de faire plus profond que ces bobines de guimauve kitschouille qu'on nous sert au kilomètre ! ». Ok vous n'aimez pas les histoires d'amour impossible entre jeunes et beaux milliardaires qui roulent en ferrari et chantent et dansent dans de la soie et des collines verdoyantes ? Pas grave, Swades va beaucoup plus loin : Swades c'est l'histoire d'un Indien expatrié, cadre à la Nasa, qui revient au pays pour deux semaines afin de ramener aux States sa nounou vieillissante. C'est l'histoire d'une redécouverte, d'un regard extérieur sur la culture indienne, d'une immersion dans ce monde unique, d'un homme choqué par la culture des castes et tenté de tout rejeter en bloc, c'est l'histoire d'une révolte contre le fatalisme hindouiste, et en même temps un discours sur la valeur de la culture, c'est l'histoire du choc que subit tout visiteur occidental en Inde pour peu qu'il ne s'arrête pas à la façade de marbre des temples, aux vitres de l'autocar ou aux portes de son hôtel. Bref sans renier les codes du genre (l'histoire d'amour entre deux anges, Gayatri Joshi et Sharukh Kahn, les clips kitschissimes dans le soleil couchant, ...), Swades est d'abord une réflexion étonnamment éclairée sur la culture indienne, et sur la rencontre interculturelle en général.

13 mai 2006

Oechul (April snow) (2005) - Jin-ho Hur

April Snow

Accident de voiture, la femme d'In-su est dans le coma. À l'hôpital il rencontre Seo-young qui pleure, son mari aussi est dans le coma, il était dans la même voiture. L'attente commence pour In-su et Seo-young, qui découvrent très vite que leurs époux étaient amants. Ils partagent l'attente, l'incompréhension, la douleur, une envie impuissante de vengeance et, peu à peu, une attirance mutuelle : « On pourrait coucher ensemble, rien que pour les embêter... » C'est le printemps. Deux histoires d'amour dans le coma, une nouvelle prend forme entre les deux naufragés, seuls au monde. Mais la réalité les rattrape, les conventions sociales les écartent, l'un des époux se réveille. Leur radeau pourra-t-il résister aux vagues ?

Jin-ho Hur réalise une petite perle de poésie, sorte de In the mood for love coréen. Mais là où Wong Kar Wai s'attardait sur ses personnages, avec ses inoubliables ralentis sur Maggie... là où il leur donnait une maturité et un caractère qui n'en étouffait que plus entre les murs étroits de leur environnement, le couple d' April Snow paraît beaucoup plus fragile, passif, entraîné sans résistance par l'enchaînement des événements extérieurs, tel une coquille de noix sur une mer qui les dépasse. Cette impuissance totale rend d'autant plus touchante la scène finale... Un beau film.

6 mai 2006

Le Caïman

Le Caïman

Hier je suis allé voir « Le Caïman » au Théâtre Montparnasse. Cette riante comédie raconte la nuit fatale d'un philosophe maniaco-dépressif, maître à penser d'une génération marxiste, et de sa femme militante communiste. Inspiré par l'histoire de Louis Althusser qui étrangla sa femme en 1980 dans leur appartement de la rue d'Ulm, la pièce est une succession de confrontations entre le philosophe et sa soeur bigote, son psy renommé, son ancien élève devenu prêtre, et surtout sa femme. Au-delà de l'histoire d'un couple étouffant, c'est le thème du rapport de force qui est au coeur de ces dialogues : rapport de force entre les deux femmes, entre le psy qui philosophe et le philosophe qui connaît trop bien les mécanismes de l'analyse, entre l'ancien élève et son professeur qui obtient de lui une entrevue avec le Pape uniquement afin d'exercer son pouvoir, entre le maître à penser et sa femme trop prévenante, qui le pousse à revenir sur le devant de la scène pour y défendre ses idées à elle. Le philosophe fait semblant, joue des rôles pour séduire et dominer son petit monde, mais la conclusion tragique n'est finalement que la démonstration du pouvoir de sa femme. Les acteurs, notamment Claude Rich et Christiane Cohendy, sont excellents, la mise en scène sobre et belle, et cette pièce noire qui vous prend aux tripes est de celles dont on aimerait avoir le texte pour le relire.