16 janv. 09
Réussir, oui mais quoi ?
Par JM - 00:22
On peut attendre qu'il soit trop tard pour se poser les bonnes questions. On peut aussi se les poser maintenant. Qu'est-ce qui compte pour moi ? Qu'est-ce que je veux faire ? Qu'est-ce que je suis capable d'accomplir ? Qu'est-ce que je dois faire maintenant pour ne pas avoir plus tard l'impression d'avoir laissé passer le train ?
Producteur vs Consommateur
Dans The Single Most Important Career Question You Can Ask Yourself, Rob Walling explique que le monde se divise entre producteurs et consommateurs (d'informations, de produits, de startups, ...) :
Certains hommes sont consommateurs par nature ; ils consomment de vastes quantités d'informations pour le plaisir d'apprendre. D'autre sont des producteurs ; ils consomment de l'information pour un jour s'en servir et produire quelque chose : un livre, une chanson, un blog, une startup, etc. Aucun n'est meilleur que l'autre.
Le tout est de répondre à une seule question : lequel êtes-vous ?
[...]
Si vous lisez des blogs sur les startups depuis des années et n'avez jamais rien lancé, il est temps d'accepter que vous êtes un consommateur.
[...]
Si vous avez 50 idées de logiciels et que votre disque dur déborde de répertoires avec 30 lignes de codes dans chaque, vous êtes un consommateur (ou un producteur qui a du mal à finir les choses).
Alors si vous pensez être un producteur, arrêtez de rêvasser et provoquez le destin dans les 30 prochains jours, ou reposez en paix à jamais.
Cette vision est trop binaire à mon goût : je pense que chaque homme est un producteur à des degrés divers, tout en absorbant certaines informations qui ne lui serviront jamais. L'article a cependant le mérite de mettre le lecteur face au miroir : si tu te contentes de multiplier les projets, tu ne crées rien.
Produire, oui mais quoi ?
Mais produire n'est pas tout : comment trouver ce qui va nous épanouir, comment produire plus de valeur que nous n'en absorbons ? C'est l'objet d'un récent billet de Tim O'Reilly, Work on Stuff that Matters, où il pose trois principes d'action :
- Travaillez sur quelque chose qui compte plus pour vous que l'argent
- Créez plus de valeur que vous n'en capturez
- Pensez sur le long terme
Le premier principe ne dit pas de se restreindre à des activités non lucratives mais de libérer son jugement du paramètre financier. Pour illustrer cela Tim O'Reilly cite les objectifs d'entreprises florissantes, comme Organiser toute l'information du monde, qui est le motto de Google.
Et je pense que même à l'intérieur de l'entreprise, cette question est toujours fondamentale : un esprit moyen sur un projet stratégique créera plus de valeur qu'un génie sur un projet qui ne va nulle part. Et devinez lequel sera le plus épanoui, pour peu que les objectifs stratégiques soient effectivement motivants ?
Penser durable
Le second principe, donner plus qu'on ne prend, nous exhorte à ne pas être des parasites. Ainsi Microsoft a innové au point de bouleverser le quotidien de milliards de gens, au point de créer de la valeur permettant à des millions parmi eux de vivre. Mais Microsoft est devenu rentier de sa situation, et a commencé à étouffer l'écosystème qu'il avait créé, jusqu'à ce qu'une nouvelle révolution, Internet, bouleverse le paysage et permette à de nouveaux acteurs de créer tellement de valeur que le fief de Microsoft n'est plus qu'une parcelle du nouvel écosystème.
Un monde où chacun prendrait plus qu'il n'apporte manquerait très vite de ressources. C'est hélas ce qui se passe avec les énergies non renouvelables, d'où l'importance du troisième principe. En revanche les constructions intellectuelles sont une énergie renouvelable, pour peu que ceux qui les bâtissent aient de quoi manger.
En résumé, dans un monde où les leaders utilisent leur position pour se bâtir une rente, celui qui ne crée plus de valeur devient un parasite qui perd son agilité. Finit par se produire une mutation de l'écosystème qui permet à de nouveaux acteurs de se retrouver au centre de la création de valeur, hors de portée du géant sclérosé, et d'acquérir un leadership suffisant pour sécuriser leurs positions avant que le leader déchu ne réagisse.
Don't be evil
Pour conclure je citerai un troisième article, Be Good de Paul Graham. L'auteur y relève deux critères nécessaires pour lancer une startup :
- Fabriquez quelque chose que les gens veulent
- Ne vous souciez pas trop de l'argent, au moins au début
Le second principe doit être nuancé mais sa justification est intéressante : il est beaucoup plus facile de faire de l'argent que de construire quelque chose de grand.
Avec ces deux principes, vous avez en fait la définition... d'une oeuvre de charité.
Cf. ici.
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