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19 aoû 07

Faut-il virer ses clients ?

Exit

Dans son livre The 4-hour workweek, en tête des ventes du New York Times dans la catégorie Business au début du mois, Tim Ferris recommande aux entrepreneurs de virer les clients pour lesquels le rapport gains/efforts est le plus faible : en application de la loi de Pareto (ou loi des 80/20), 20% des clients représentent en effet 80% du chiffre d'affaires. Et 20%, pas nécessairement les mêmes justement, représentent 80% des réclamations, de l'insatisfaction, et au final du stress pour l'entreprise. Tim conseille donc simplement de virer les 20% de clients les plus récriminants, et à la limite de ne garder que les 20% les plus productifs.

Après tout, plusieurs secteurs font déjà ce genre de sélection : agences immobilières, boîtes de nuit, cabinets d'assurances, ... Mais on y est moins habitués pour d'autres produits.

Or l'opérateur mobile Sprint-Nextel (3e aux US) a bien compris le message et a ainsi viré 1200 clients qui se plaignaient trop, et appelaient la hotline 40 fois plus que la moyenne (40K appels par mois). Sur les 44 millions de clients de Sprint ça paraît peu, mais en poussant cette logique un peu plus loin je ne vois pas pourquoi ça s'arrêterait.

30 juil 07

Microsoft 1.0

Zeppelin

2007. Le desktop est depuis longtemps devenu une commodity. Google mène la danse pour développer des applications en ligne s'exécutant dans le navigateur indépendamment de l'OS. Dans un monde où le "Software As A Service" n'est plus seulement un buzzword, où les entreprises proposent à leurs clients non plus des produits à faire fonctionner au prix fort, mais des services hébergés exposés sur des API ouvertes, Steve Ballmer, CEO de Microsoft, ex-maître du monde, se résigne : "There is a big disruption going on in our business. And some investors will say it's scary, it's this, it's that, are you going to embrace it? We have no choice."

C'était jeudi dernier face aux analystes financiers. Le verbatim et le powerpoint sont .

La lecture de cette intervention est troublante : plus de trois ans après l'article Open source paradigm shift de Tim O'Reilly qui posait les bases du "software as a service", modèle qui s'impose aujourd'hui de plus en plus largement sur le web et dans les entreprises, Steve Ballmer répond avec le "software plus services". Cette façon de s'agripper aux vieux paradigmes a quelque chose d'anachronique, d'irréel. Comme un pilote d'avion qui verrait décoller une fusée vers Jupiter et s'exclamerait : « Super, en volant un peu plus haut sur Paris-Strasbourg on pourra éviter les cigognes ! »

Face à une telle myopie, la volonté annoncée de devenir un leader de l'électronique grand public, six ans après le lancement de l'Ipod par Apple, paraît insignifiante. Ce n'est pas en traînant des pieds que Microsoft rattrapera la fuite en avant des rois du service en ligne, Google et Yahoo! en tête. Et les dépenses faramineuses en R&D (30 milliards de dollars depuis 5 ans) laissent une vertigineuse impression de vide : le plus beau des tunneliers ne creusera jamais jusqu'aux étoiles.

Alors oui, il y a peut-être aujourd'hui plus de PC sous Windows que de voitures dans le monde, mais le vent tourne et Steve Ballmer a l'air d'un empereur déchu qui contemple en rêvant son empire alors qu'une armée enfonce les portes du palais. Et qui espère qu'il va se réveiller :

"Could I get the first slide, please. It's not working. The first slide please."

22 dec 06

L'économie ne sera pas virtuelle

Le dernier billet d'ecosphere met le doigt sur la bulle 2.0 : les survivants de la nouvelle économie n'ont pas tiré de la déroute de leurs anciens confrères les même leçons que les banques, et dans le contexte des absorptions déjà évoquées valorisent leurs proies à des tarifs faramineux.

Ainsi Yahoo! a-t-il valorisé Facebook, site de social networking centré sur les universités US et qui a rejeté l'offre, à 1 milliard de dollars. Il faut savoir que le résultat net attendu par Facebook en 2006 est de 9 millions de dollars. Comment arrive-t-on à valoriser une entreprise plus de 100 fois ses bénéfices alors qu'à titre de comparaison le ratio est de 20 pour Microsoft, 40 pour Yahoo!, ou 10 pour Total qui est la plus grosse capitalisation française ?

C'est simple : on se projette en 2015 (qui sait ce qui se passera d'ici là ?) et on imagine qu'à cet horizon le nombre d'utilisateurs actifs chez les étudiants américains passera de 17% à 55% : 273 milliards de pages vues par an. On imagine aussi que les annonceurs seront prêts à payer 15 fois plus qu'aujourd'hui pour montrer leur publicité à 1000 visiteurs. Comme en plus il y aura plus de 10% d'étudiants supplémentaires d'ici là, c'est le jackpot.

Le principal problème, ce n'est pas que des concurrents plus séduisants vont sans doute apparaître, annihilant le business de ce site en particulier, mais bien que globalement la publicité seule ne pourra pas financer de tels mastodontes : si ces sites continuent à être financés exclusivement par la publicité, et que les investisseurs parient sur une croissance des revenus supérieure à la croissance des budgets publicitaires, ils vont dans le mur. Et avec eux toute l'économie qui dépend d'eux.

Pour que les stars d'aujourd'hui gagnent demain 50 fois plus qu'aujourd'hui alors qu'elles sont déjà leaders de leur marché, il faudra que ce marché attire 50 fois plus d'argent. Or Internet attirait déjà fin 2005 23% des budgets publicitaires...

Les sites condamnés à la rentabilité par leur valorisation d'aujourd'hui devront donc s'écarter du tout gratuit sachant qu'il y aura toujours des communautés plus ou moins désintéressées prêtes à proposer un service gratuit. Il faudra donc que ces sites trouvent quelque chose à vendre : l'économie de demain ne sera pas virtuelle.