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16 janv. 09

Réussir, oui mais quoi ?

smalltree.jpg On peut attendre qu'il soit trop tard pour se poser les bonnes questions. On peut aussi se les poser maintenant. Qu'est-ce qui compte pour moi ? Qu'est-ce que je veux faire ? Qu'est-ce que je suis capable d'accomplir ? Qu'est-ce que je dois faire maintenant pour ne pas avoir plus tard l'impression d'avoir laissé passer le train ?

Producteur vs Consommateur

Dans The Single Most Important Career Question You Can Ask Yourself, Rob Walling explique que le monde se divise entre producteurs et consommateurs (d'informations, de produits, de startups, ...) :

Certains hommes sont consommateurs par nature ; ils consomment de vastes quantités d'informations pour le plaisir d'apprendre. D'autre sont des producteurs ; ils consomment de l'information pour un jour s'en servir et produire quelque chose : un livre, une chanson, un blog, une startup, etc. Aucun n'est meilleur que l'autre.
Le tout est de répondre à une seule question : lequel êtes-vous ?
[...]
Si vous lisez des blogs sur les startups depuis des années et n'avez jamais rien lancé, il est temps d'accepter que vous êtes un consommateur.
[...]
Si vous avez 50 idées de logiciels et que votre disque dur déborde de répertoires avec 30 lignes de codes dans chaque, vous êtes un consommateur (ou un producteur qui a du mal à finir les choses).
Alors si vous pensez être un producteur, arrêtez de rêvasser et provoquez le destin dans les 30 prochains jours, ou reposez en paix à jamais.

Cette vision est trop binaire à mon goût : je pense que chaque homme est un producteur à des degrés divers, tout en absorbant certaines informations qui ne lui serviront jamais. L'article a cependant le mérite de mettre le lecteur face au miroir : si tu te contentes de multiplier les projets, tu ne crées rien.

Produire, oui mais quoi ?

Mais produire n'est pas tout : comment trouver ce qui va nous épanouir, comment produire plus de valeur que nous n'en absorbons ? C'est l'objet d'un récent billet de Tim O'Reilly, Work on Stuff that Matters, où il pose trois principes d'action :

  • Travaillez sur quelque chose qui compte plus pour vous que l'argent
  • Créez plus de valeur que vous n'en capturez
  • Pensez sur le long terme

Le premier principe ne dit pas de se restreindre à des activités non lucratives mais de libérer son jugement du paramètre financier. Pour illustrer cela Tim O'Reilly cite les objectifs d'entreprises florissantes, comme Organiser toute l'information du monde, qui est le motto de Google.

Et je pense que même à l'intérieur de l'entreprise, cette question est toujours fondamentale : un esprit moyen sur un projet stratégique créera plus de valeur qu'un génie sur un projet qui ne va nulle part. Et devinez lequel sera le plus épanoui, pour peu que les objectifs stratégiques soient effectivement motivants ?

Penser durable

Le second principe, donner plus qu'on ne prend, nous exhorte à ne pas être des parasites. Ainsi Microsoft a innové au point de bouleverser le quotidien de milliards de gens, au point de créer de la valeur permettant à des millions parmi eux de vivre. Mais Microsoft est devenu rentier de sa situation, et a commencé à étouffer l'écosystème qu'il avait créé, jusqu'à ce qu'une nouvelle révolution, Internet, bouleverse le paysage et permette à de nouveaux acteurs de créer tellement de valeur que le fief de Microsoft n'est plus qu'une parcelle du nouvel écosystème.

Un monde où chacun prendrait plus qu'il n'apporte manquerait très vite de ressources. C'est hélas ce qui se passe avec les énergies non renouvelables, d'où l'importance du troisième principe. En revanche les constructions intellectuelles sont une énergie renouvelable, pour peu que ceux qui les bâtissent aient de quoi manger.

En résumé, dans un monde où les leaders utilisent leur position pour se bâtir une rente, celui qui ne crée plus de valeur devient un parasite qui perd son agilité. Finit par se produire une mutation de l'écosystème qui permet à de nouveaux acteurs de se retrouver au centre de la création de valeur, hors de portée du géant sclérosé, et d'acquérir un leadership suffisant pour sécuriser leurs positions avant que le leader déchu ne réagisse.

Don't be evil

Pour conclure je citerai un troisième article, Be Good de Paul Graham. L'auteur y relève deux critères nécessaires pour lancer une startup :

  • Fabriquez quelque chose que les gens veulent
  • Ne vous souciez pas trop de l'argent, au moins au début

Le second principe doit être nuancé mais sa justification est intéressante : il est beaucoup plus facile de faire de l'argent que de construire quelque chose de grand.

Avec ces deux principes, vous avez en fait la définition... d'une oeuvre de charité.
Cf. ici.

19 août 07

Faut-il virer ses clients ?

Exit

Dans son livre The 4-hour workweek, en tête des ventes du New York Times dans la catégorie Business au début du mois, Tim Ferris recommande aux entrepreneurs de virer les clients pour lesquels le rapport gains/efforts est le plus faible : en application de la loi de Pareto (ou loi des 80/20), 20% des clients représentent en effet 80% du chiffre d'affaires. Et 20%, pas nécessairement les mêmes justement, représentent 80% des réclamations, de l'insatisfaction, et au final du stress pour l'entreprise. Tim conseille donc simplement de virer les 20% de clients les plus récriminants, et à la limite de ne garder que les 20% les plus productifs.

Après tout, plusieurs secteurs font déjà ce genre de sélection : agences immobilières, boîtes de nuit, cabinets d'assurances, ... Mais on y est moins habitués pour d'autres produits.

Or l'opérateur mobile Sprint-Nextel (3e aux US) a bien compris le message et a ainsi viré 1200 clients qui se plaignaient trop, et appelaient la hotline 40 fois plus que la moyenne (40K appels par mois). Sur les 44 millions de clients de Sprint ça paraît peu, mais en poussant cette logique un peu plus loin je ne vois pas pourquoi ça s'arrêterait.

30 juil. 07

Microsoft 1.0

Zeppelin

2007. Le desktop est depuis longtemps devenu une commodity. Google mène la danse pour développer des applications en ligne s'exécutant dans le navigateur indépendamment de l'OS. Dans un monde où le "Software As A Service" n'est plus seulement un buzzword, où les entreprises proposent à leurs clients non plus des produits à faire fonctionner au prix fort, mais des services hébergés exposés sur des API ouvertes, Steve Ballmer, CEO de Microsoft, ex-maître du monde, se résigne : "There is a big disruption going on in our business. And some investors will say it's scary, it's this, it's that, are you going to embrace it? We have no choice."

C'était jeudi dernier face aux analystes financiers. Le verbatim et le powerpoint sont .

La lecture de cette intervention est troublante : plus de trois ans après l'article Open source paradigm shift de Tim O'Reilly qui posait les bases du "software as a service", modèle qui s'impose aujourd'hui de plus en plus largement sur le web et dans les entreprises, Steve Ballmer répond avec le "software plus services". Cette façon de s'agripper aux vieux paradigmes a quelque chose d'anachronique, d'irréel. Comme un pilote d'avion qui verrait décoller une fusée vers Jupiter et s'exclamerait : « Super, en volant un peu plus haut sur Paris-Strasbourg on pourra éviter les cigognes ! »

Face à une telle myopie, la volonté annoncée de devenir un leader de l'électronique grand public, six ans après le lancement de l'Ipod par Apple, paraît insignifiante. Ce n'est pas en traînant des pieds que Microsoft rattrapera la fuite en avant des rois du service en ligne, Google et Yahoo! en tête. Et les dépenses faramineuses en R&D (30 milliards de dollars depuis 5 ans) laissent une vertigineuse impression de vide : le plus beau des tunneliers ne creusera jamais jusqu'aux étoiles.

Alors oui, il y a peut-être aujourd'hui plus de PC sous Windows que de voitures dans le monde, mais le vent tourne et Steve Ballmer a l'air d'un empereur déchu qui contemple en rêvant son empire alors qu'une armée enfonce les portes du palais. Et qui espère qu'il va se réveiller :

"Could I get the first slide, please. It's not working. The first slide please."

22 déc. 06

L'économie ne sera pas virtuelle

Le dernier billet d'ecosphere met le doigt sur la bulle 2.0 : les survivants de la nouvelle économie n'ont pas tiré de la déroute de leurs anciens confrères les même leçons que les banques, et dans le contexte des absorptions déjà évoquées valorisent leurs proies à des tarifs faramineux.

Ainsi Yahoo! a-t-il valorisé Facebook, site de social networking centré sur les universités US et qui a rejeté l'offre, à 1 milliard de dollars. Il faut savoir que le résultat net attendu par Facebook en 2006 est de 9 millions de dollars. Comment arrive-t-on à valoriser une entreprise plus de 100 fois ses bénéfices alors qu'à titre de comparaison le ratio est de 20 pour Microsoft, 40 pour Yahoo!, ou 10 pour Total qui est la plus grosse capitalisation française ?

C'est simple : on se projette en 2015 (qui sait ce qui se passera d'ici là ?) et on imagine qu'à cet horizon le nombre d'utilisateurs actifs chez les étudiants américains passera de 17% à 55% : 273 milliards de pages vues par an. On imagine aussi que les annonceurs seront prêts à payer 15 fois plus qu'aujourd'hui pour montrer leur publicité à 1000 visiteurs. Comme en plus il y aura plus de 10% d'étudiants supplémentaires d'ici là, c'est le jackpot.

Le principal problème, ce n'est pas que des concurrents plus séduisants vont sans doute apparaître, annihilant le business de ce site en particulier, mais bien que globalement la publicité seule ne pourra pas financer de tels mastodontes : si ces sites continuent à être financés exclusivement par la publicité, et que les investisseurs parient sur une croissance des revenus supérieure à la croissance des budgets publicitaires, ils vont dans le mur. Et avec eux toute l'économie qui dépend d'eux.

Pour que les stars d'aujourd'hui gagnent demain 50 fois plus qu'aujourd'hui alors qu'elles sont déjà leaders de leur marché, il faudra que ce marché attire 50 fois plus d'argent. Or Internet attirait déjà fin 2005 23% des budgets publicitaires...

Les sites condamnés à la rentabilité par leur valorisation d'aujourd'hui devront donc s'écarter du tout gratuit sachant qu'il y aura toujours des communautés plus ou moins désintéressées prêtes à proposer un service gratuit. Il faudra donc que ces sites trouvent quelque chose à vendre : l'économie de demain ne sera pas virtuelle.