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1 jan 08

Le progrès carbure à l'abondance

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Chris Anderson est l'inventeur en 2004 du concept de la Long tail. Il est aussi l'éditeur du magazine Wired. Dans cette allocution donnée à la conférence Nokia World le 5 décembre dernier, Chris nous fait réfléchir sur l'impact de l'abondance dans le progrès technologique : lors de l'introduction du nucléaire domestique dans les années 50, certains ont affirmé que ce progrès rendrait l'électricité gratuite, car infiniment disponible. On sait aujourd'hui que c'est faux, mais que se passerait-il si c'était vrai : à quoi ressemblerait le monde si l'électricité était réellement gratuite, si on disposait ainsi d'une source d'énergie infinie ?

Au-delà de cette expérience de pensée, les interfaces graphiques sont apparues lorsque les ingénieurs, tirant parti de la Loi de Moore, ont accepté de gaspiller des transistors, des cycles CPU, de faire comme s'ils étaient gratuits. Et cette évolution a permis à des non-ingénieurs d'accéder à l'informatique, et d'ouvrir de nouvelles perspectives.

Aujourd'hui le coût du stockage diminue de façon exponentielle : $10/To en 2010. Et alors que de nombreuses entreprises continuent de limiter la taille des boîtes mails internes à quelques centaines de Mo, Yahoo! qui a compris la tendance propose depuis mai 2007 une capacité de stockage infinie pour son webmail !

Enfin avec l'abondance de la bande passante, la distribution devient gratuite ce qui facilite l'expérimentation et permet à des contenus ou des services d'apparaître. L'Internet devient un magasin avec des étagères de capacité infinie où n'importe qui peut venir placer ses produits. Ce qui permet à des microacteurs d'adresser les besoins des minorités (la Long tail).

En définitive, quand une ressource devient presque gratuite, faites comme si elle était complètement gratuite, et vendez autre chose ! Et pour tout ce qui touche à la technologie, le coût des ressources finit forcément par tendre vers zéro...

Et même, avec d'autres motivations que l'argent, comme la réputation, la reconnaissance, des gens écrivent des articles, ou du code, gratuitement.

D'où l'émergence de nouveaux business models :

  • Freemium : offrir gratuitement 99% du service à tout le monde pour qu'une petite fraction des utilisateurs achètent le 1% restant ;
  • musique gratuite, à l'instar de Radiohead : pour vendre des places de concerts à $100
  • ...

Et pour les opérateurs télécoms, un dilemme : si la nécessité de leur transformation en opérateurs de services est aujourd'hui évidente, peuvent-il réellement compter sur leur maîtrise du réseau pour proposer à l'utilisateur un meilleur service et obtenir un avantage face à des acteurs comme Google ? Ou bien la commoditisation des tuyaux ne conduit-elle de toute façon pas à une égalité avec les pure players du contenu ?

Je pense que la maîtrise du réseau donne simplement un temps d'avance : cela peut fournir aux telcos un avantage, à condition qu'ils soient très réactifs pour proposer des services innovants, et tirent parti de leurs ressources avant qu'elles ne deviennent gratuites.

21 aoû 07

Skype out : autopsie et enseignements

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Niels Bohr, prix nobel de physique en 1922, disait qu'« un expert est une personne qui a fait toutes les erreurs possibles dans un domaine très restreint. » Tant qu'à faire, si on peut apprendre des erreurs des autres, c'est peut-être un peu moins efficace mais certainement aussi beaucoup moins douloureux.

En l'occurrence, vous savez sans doute que le réseau Skype a connu les 16 et 17 août derniers une panne qui a privé de téléphone 220 millions d'utilisateurs pendant 2 jours (à relativiser tout de même, la plupart de ces utilisateurs enregistrés utilisant d'autres moyens de communication). Villu Arak a publié hier sur le blog de Skype ce billet qui revient sur l'autopsie de l'incident.

D'après cette analyse, l'étincelle a été une mise à jour Windows distribuée par Windows Update, qui a déclenché le reboot de dizaines de millions de PC dans un laps de temps très court. Il faut savoir que l'architecture de Skype (décrite dans cette excellente présentation trouvée ici) s'appuie sur un réseau P2P de Super Nodes hébergés sur les machines de certains utilisateurs, et que seul le Login Server reste centralisé. Mais ce dernier a été submergé de requêtes par les PC qui rebootaient. Les Super Nodes étant des clients comme les autres, très peu étaient fonctionnels, donc même les clients qui avaient réussi à contacter le Login Server ne trouvaient pas de Super Node, recommençaient probablement le processus, d'où un effet boule de neige.

Le billet parle de fonctions d'auto-réparation du réseau P2P qui n'ont pas joué leur rôle en raison d'un bug dans l'algorithme d'allocation des ressources réseau. Probablement une priorisation des requêtes des Super Nodes, et/ou une temporisation exponentielle des réessais en cas d'échec, qui n'ont pas fonctionné.

Cet incident montre en tout cas bien que les événements improbables finissent toujours par arriver. Maintenant cela aura-t-il un impact durable sur le business de Skype ? Sincèrement je ne pense pas. Comme le pointe à demi-mots le billet de Skype, ou plus explicitement cet article de C|net, les utilisateurs n'ont pas encore aujourd'hui un niveau de confiance très élevé dans les technologies du web. Beaucoup considèrent que les pannes sont le prix à payer pour ces nouveaux services, qui sont encore un simple complément aux services traditionnels que sont le bon vieux fixe ou le réseau mobile, beaucoup plus fiables.

À retenir en tout cas l'excellente communication de crise sur le blog de Skype avec une transparence totale dès le début de la crise, et un billet toutes les 6 heures pour tenir au courant de la résolution. En espérant que cette leçon-là n'ait pas à servir avant longtemps...

19 aoû 07

Faut-il virer ses clients ?

Exit

Dans son livre The 4-hour workweek, en tête des ventes du New York Times dans la catégorie Business au début du mois, Tim Ferris recommande aux entrepreneurs de virer les clients pour lesquels le rapport gains/efforts est le plus faible : en application de la loi de Pareto (ou loi des 80/20), 20% des clients représentent en effet 80% du chiffre d'affaires. Et 20%, pas nécessairement les mêmes justement, représentent 80% des réclamations, de l'insatisfaction, et au final du stress pour l'entreprise. Tim conseille donc simplement de virer les 20% de clients les plus récriminants, et à la limite de ne garder que les 20% les plus productifs.

Après tout, plusieurs secteurs font déjà ce genre de sélection : agences immobilières, boîtes de nuit, cabinets d'assurances, ... Mais on y est moins habitués pour d'autres produits.

Or l'opérateur mobile Sprint-Nextel (3e aux US) a bien compris le message et a ainsi viré 1200 clients qui se plaignaient trop, et appelaient la hotline 40 fois plus que la moyenne (40K appels par mois). Sur les 44 millions de clients de Sprint ça paraît peu, mais en poussant cette logique un peu plus loin je ne vois pas pourquoi ça s'arrêterait.

30 juil 07

Microsoft 1.0

Zeppelin

2007. Le desktop est depuis longtemps devenu une commodity. Google mène la danse pour développer des applications en ligne s'exécutant dans le navigateur indépendamment de l'OS. Dans un monde où le "Software As A Service" n'est plus seulement un buzzword, où les entreprises proposent à leurs clients non plus des produits à faire fonctionner au prix fort, mais des services hébergés exposés sur des API ouvertes, Steve Ballmer, CEO de Microsoft, ex-maître du monde, se résigne : "There is a big disruption going on in our business. And some investors will say it's scary, it's this, it's that, are you going to embrace it? We have no choice."

C'était jeudi dernier face aux analystes financiers. Le verbatim et le powerpoint sont .

La lecture de cette intervention est troublante : plus de trois ans après l'article Open source paradigm shift de Tim O'Reilly qui posait les bases du "software as a service", modèle qui s'impose aujourd'hui de plus en plus largement sur le web et dans les entreprises, Steve Ballmer répond avec le "software plus services". Cette façon de s'agripper aux vieux paradigmes a quelque chose d'anachronique, d'irréel. Comme un pilote d'avion qui verrait décoller une fusée vers Jupiter et s'exclamerait : « Super, en volant un peu plus haut sur Paris-Strasbourg on pourra éviter les cigognes ! »

Face à une telle myopie, la volonté annoncée de devenir un leader de l'électronique grand public, six ans après le lancement de l'Ipod par Apple, paraît insignifiante. Ce n'est pas en traînant des pieds que Microsoft rattrapera la fuite en avant des rois du service en ligne, Google et Yahoo! en tête. Et les dépenses faramineuses en R&D (30 milliards de dollars depuis 5 ans) laissent une vertigineuse impression de vide : le plus beau des tunneliers ne creusera jamais jusqu'aux étoiles.

Alors oui, il y a peut-être aujourd'hui plus de PC sous Windows que de voitures dans le monde, mais le vent tourne et Steve Ballmer a l'air d'un empereur déchu qui contemple en rêvant son empire alors qu'une armée enfonce les portes du palais. Et qui espère qu'il va se réveiller :

"Could I get the first slide, please. It's not working. The first slide please."

9 dec 06

À propos

Jean-Michel Grimaldi

JM

Je travaille chez Orange pour améliorer la Qualité de Service des offres Multiplay : Livebox, Internet, IPTV, VoIP, ... dans nos différents pays.

Auparavant j'ai piloté la mise en place de l'infrastructure de Device Management du réseau domestique des clients Orange : mise à jour de la Livebox, activation de la VoIP, etc. Ce projet a été primé meilleur projet IT du groupe en 2007. Avant j'ai aussi été responsable de l'infra de télégestion des postes de travail et serveurs de France Télécom. 40 fois moins de volume, 40 fois plus de complexité, un PC étant une « box » beaucoup plus ouverte.

Je ne livrerai pas ici de grand secret ; la discussion qui m'intéresse c'est le contexte : d'une part celui des télécoms, univers en pleine mutation avec la fin des monopoles, la chute du prix des accès, et le lancement de services à valeur ajoutée toujours plus innovants pour trouver des relais de croissance. D'autre part celui du Device Management en particulier avec l'émergence de standards et de problématiques complexes : comment trouver l'équilibre entre le masquage de la complexité pour le plus grand nombre, et la volonté des technophiles d'aller plus loin ? Quelle responsabilité pour les grands groupes dans l'adoption des standards ? Comment trouver une valeur ajoutée sur un service idéalement transparent ? Comment s'appuyer sur la communauté pour améliorer le produit ? etc.

Je précise que les propos tenus sur ce site sont strictement personnels et n'engagent que moi... et vous, si vous les lisez !

Je suis né en 1979 et j'habite Paris. Quand je ne parle pas des technos je suis au ciné, en voyage au bout du monde, dans un bon roman, ou simplement avec les gens que j'apprécie. Parce que les technos ne rapprochent que ceux qui ne restent pas toujours derrière leur écran...

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Me contacter : Jean-Michel.Grimaldi (at) centraliens.net